Chano Lobato a 80 ans, Chano n'a pas d'âge. Voilà une nouvelle fois à Nîmes le mage de Cadix et c'est un bonheur intact. Chano a tout vu, tout chanté et n'a jamais perdu le cap d'un flamenco bouillonnant et euphorique. Il chante comme il respire, transmet comme personne la jubilation sur une scène. Il est voix de Cadix, voix de la baie et de ses lumières transparentes, voix des embruns et des navires anciens. Longtemps accompagnateur des plus grands danseurs et danseuses, il chante toutes les cantiñas, les soleas, les bulerías et mieux encore les tanguillos ou ces guajiras et colombianas venues du fin fond de l'océan, joliment appelées chants de « l'aller-retour » (ida y vuelta). Chano est plus élégant encore, plus généreux que jamais. Inoxydable.
Rocío Molina, 23 ans, pourrait être la petite-fille de Chano. La gamine sous le signe de l'aube (Rocío veut dire rosée) danse depuis l'âge de trois ans ! Elle quitte Málaga pour Madrid à 13 ans, découvre le Japon et les USA à 17 ans, se produit en soliste deux ans plus tard et s'offre même, à New York, un duo avec Israel Galván. Mise en bouche. Almario, créé l'an dernier à Jerez, est déjà son troisième spectacle ! Une tornade... Couverte de prix, encensée par la critique et par ses pairs, elle est bien la dernière grande révélation de la danse féminine. Précocité ou travail acharné n'expliquent pas tout. Rocío a su d'emblée imposer un style, une manière de fondre ingénuité et puissance, sensualité et profondeur.